Investir via le crowdfunding ?

Crowdfunding

Scroll this

  Il semble, d’après les sondages, que tout Français rêve d’être propriétaire. Et vous, est-ce votre cas ? Une chose est sûre : ce n’est pas le mien (même si j’avoue, bien sûr, que ça me ferait plaisir de ne plus jeter par les fenêtres un loyer tous les mois). Deux raisons à cela :

  1. Vu le prix de l’immobilier, je n’ai pas de quoi m’acheter mon appart’ à Paris (un simple deux pièces de 35m²).
  2. La pierre ne m’excite pas (intellectuellement parlant, pas de mauvais esprit s’il vous plaît -.-) mais alors, absolument pas !

  Heureusement, internet a vu naître les sites de financement participatif (crowdfunding). Qui n’a jamais entendu parler des bienheureux qui avaient cru, il y a maintenant quelques années, en la réussite de l’album Toi+Moi du chanteur Grégoire ? À l’époque (2008), le projet semblait peut-être fou pour certains mais les personnes qui avaient tenté le coup avaient récolté, a priori, environ 5 fois leur mise (ils avaient eu le droit d’investir 1000 euros au maximum). Par souci de cohérence, il faut distinguer deux grandes catégories de sites de financement participatif :

  1. Le site de financement participatif de projets avec contrepartie(s) pour le contributeur. Exemples : Ulule, Kisskissbankbank, Kickstarter (qui vient d’ouvrir sa branche française), My major Company
  2. Le site de financement participatif de sociétés avec prise de participation dans le capital par l’investisseur. Exemple : Wiseed.

  Les deux catégories sont intéressantes mais ont des philosophies différentes (bien que My major Company pourrait aussi figurer dans la seconde catégorie, si on considère une contrepartie financière comme une sorte d’actionnariat, cf. le cas du disque de Grégoire, encore une fois). Je ne vais pas entrer dans le détail mais vous parler d’exemples personnels et vous expliquer pourquoi je crois en la philosophie de ces nouvelles méthodes d’investissement.

 

Sites de financement participatif de projets (catégorie 1)

 

  Il m’est arrivé plusieurs fois de contribuer à des projets sur des sites de financement participatif. Je vais vous lister ces contributions pour que vous puissiez vous rendre compte de la diversité des projets proposés.

  La première fois, j’ai donné 17 euros pour la conception du tome I d’une BD : Les Plaines d’Abraham, sur le site Ulule. J’adore les bandes dessinées mais c’était pour mon père qui m’a transmis le virus de ce neuvième art. Concrètement, c’était une belle idée de cadeau car en contrepartie, je recevais la bande dessinée dès sa sortie avec le nom de mon père dans les remerciements. Sympa pour un amateur de BD, non ?

Plaines d'Abraham

  Ma deuxième participation, sur Kisskissbankbank cette fois-ci, a représenté 75 euros, en faveur de l’organisation de la deuxième édition d’un événement dont peu de gens comprendraient l’intérêt, encore aujourd’hui : Nations Wars 2. Un tournoi international de Starcraft 2 (un jeu vidéo de stratégie en temps réel développé par Blizzard) au Trianon ! Imaginez un peu : 1300 passionnés de sport électronique (eSport) qui remplissent une célèbre salle parisienne et qui acclament 4 équipes (norvégienne, polonaise, mexicaine et française) composées de 3 joueurs professionnels peu habitués à la foule. Ce fut une superbe journée !

Nations wars 2

  Enfin, ma dernière contribution en date, toujours sur Kisskissbankbank, s’est élevée à 15 euros (destinés à l’ONG Care France) et m’a permis de recevoir un tiré-à-part de Largo Winch (encore de la BD ^_^), signé par son auteur Philippe Francq.

Largo

  Vous remarquerez que les projets soutenus peuvent être très différents (j’ai même failli contribuer, une fois, à un projet de création de nœuds papillon en métal mais je n’avais pas d’argent à ce moment-là ;)). J’aime participer à des projets comme ces derniers mais ça reste de « simples » (entre guillemets car il n’y a aucun mépris sous-entendu de ma part) projets matériels ou événementiels. Pour quelque chose qui puisse rapporter financièrement et avoir du sens sur le long terme, il faut plutôt se tourner vers les sites de financement participatif de la seconde catégorie.

 

Sites de financement participatif de sociétés (catégorie 2)

 

  Voilà un sujet qui me travaille. Je préviens tout de suite, j’essaierai d’expliquer le principe de fonctionnement de ce genre d’investissement dans les grandes lignes mais n’entrerai pas dans les détails. Comment investissez-vous vos économies aujourd’hui ? Il y a quelques années, toutes mes économies étaient dans des dispositifs différents (« On ne met pas tous ses œufs dans le même panier ! »). Que valent ces dispositifs ?

  • Livret A : Attention au rendement de fous !
  • Livret de développement durable : Même remarque qu’au-dessus…
  • Plan d’épargne entreprise : Très avantageux en général, surtout quand il bénéficie d’abondements généreux (le truc, et le seul en fait, que je regrette depuis mon départ de chez Vinci ;)).
  • Assurance-vie : Mouais, un peu mieux que les deux pauvres livrets mais pas la panacée non plus.
  • Plan d’épargne en actions : Tout dépend, si vous êtes en « gestion pilotée », à quel niveau de risque vous placez le curseur entre défensif/pas risqué/peu de rendement potentiel et offensif/risqué/gros rendement potentiel.
  • Compte d’actions : Il faut y consacrer beaucoup de temps et mieux vaut s’y connaître.

  Bien sûr, il existe bien d’autres méthodes d’investissement financier mais j’utilisais, et utilise encore d’ailleurs (excepté le compte d’actions), celles-ci. Pas foncièrement anti-capitaliste, je n’ai rien contre ces méthodes qui permettent de faire fructifier ses économies proportionnellement aux risques encourus et je sais à quel point une banque moderne et bien conçue (Boursorama, par exemple, qui est l’une des meilleures selon moi, à tous les niveaux) rend agréable, voire ludique, la gestion de ce type d’investissements. Mais tout de même, quel est le sens derrière tout ça ? Je suis conscient que l’argent est nécessaire pour vivre décemment mais il ne suffit pas. L’homme n’est pas un robot (ce sujet, qui me passionne, me fait toujours penser à ces dernières phrases qu’a écrites Antoine de Saint-Exupéry à Pierre Dalloz juste avant de partir pour son dernier vol : « Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »), l’homme a besoin de créer ou au moins de ressentir du sens dans ce qu’il fait. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’ai quitté mon ancien employeur et je sais que c’est le cas de plus en plus de gens, notamment chez les travailleuses et travailleurs issus de la génération Y. Cependant, je reste optimiste. Les nouvelles générations en lesquelles je crois énormément sortiront le monde professionnel de sa froideur actuelle. La courbe s’inversera et nous reviendrons à de véritables relations humaines au sein des entreprises. J’arrête de m’éloigner du sujet de l’article. Reprenons. Pourquoi les sites de financement participatif de sociétés m’intéressent-ils à ce point ? Si vous ne connaissez absolument pas le principe du financement participatif, rendez-vous sur le site de Wiseed, à la section qui nous intéresse : Startups (la section Immobilier pourra également vous intéresser si vous souhaitez faire un investissement très peu risqué qui vous rapportera grosso modo du 10% annuel).

  J’imagine que certains d’entre vous se posent des questions. Tout d’abord, et tout simplement, à quoi sert ce site ? Les startups ont pratiquement toujours de gros besoins financiers lors de leur phase d’ascension. Or, comme ce sont des startups, les institutions financières traditionnelles (banques d’investissement, etc.) n’osent pas entrer dans leur capital. C’est là que nous, internautes, entrons en scène. Les startups contactent les équipes de Wiseed pour tenter de les convaincre de la pertinence de leur projet. Si elles réussissent, des internautes comme vous et moi (les Wiseeders dans le cas du site Wiseed) vont investir une certaine somme selon leurs moyens (ticket d’entrée minimal : 100 euros). Souvent, cette levée de fond réalisée auprès des internautes permettra aux startups de rassurer les institutions financières traditionnelles et d’obtenir ainsi de leur part des levées de fonds plus importantes (mais c’est une autre histoire). Autre avantage qu’a une startup à faire une levée de fond sur un site de financement participatif, c’est que chaque internaute, via son investissement financier personnel, se transforme en « ambassadeur » de la société. En effet, imaginez que vous investissez dans une startup qui a inventé un médicament révolutionnaire contre la gueule de bois, vous en ferez la publicité dès que vous en aurez l’occasion, non ? Chaque contributeur devient ainsi une sorte de « mini-commercial » ne recevant aucun salaire en fin de mois. D’ailleurs, je ferai mon job d’ambassadeur plus loin dans l’article en vous parlant des quatre sociétés dans lesquelles j’ai investi 😉

  Mais quel est le risque d’investir sur ce genre de site si on est néophyte dans le domaine ? Question légitime. Pour y répondre, voyons dans l’ordre chronologique les étapes que parcourt une startup qui souhaite faire une levée de fond via Wiseed :

  1. Phase de revue initiale : Après avoir pris contact avec les responsables de Wiseed (qui sont de vrais professionnels de la finance et pas des amateurs sortis de nulle part), les dirigeants de la startup les rencontrent, leur expliquent leurs objectifs et essaient de les convaincre qu’ils ne sont pas des rigolos. Les responsables de Wiseed sélectionnent les projets les plus pertinents.
  2. Phase de vote : Si la startup est jugée intéressante par les responsables de Wiseed, elle apparaît alors sur le site et les Wiseeders (autrement dit, les internautes comme vous et moi) peuvent alors à leur tour voter en faveur, ou en défaveur, de la société. Pour se faire un avis plus précis, les Wiseeders peuvent éplucher le CV des dirigeants de la société, leur poser toutes sortes de questions, etc. Ces dirigeants sont même parfois amenés à répondre à des questions en direct lors de chats vidéo par exemple.
  3. Phase de due-diligence : Si la startup a suffisamment intéressé les Wiseeders, ses dirigeants rencontrent de nouveau les équipes de Wiseed (qui s’occupent de leur côté d’auditer la société candidate) pour négocier la valorisation et le pacte d’actionnaires.
  4. Phase de levée de fond : La startup réapparaît ensuite sur le site pour la collecte des participations financières de chaque Wiseeder intéressé. L’objectif financier à atteindre est indiqué (il est variable, une startup peut avoir besoin de 650 000 euros tandis qu’une autre se « contentera » de 200 000 euros).

  Revenons-en donc à la question du risque. Ne soyons pas naïfs, le risque existe toujours. Une startup peut très bien ne pas atteindre ses objectifs et ne pas croître comme elle l’avait prévu. Cependant, le professionnalisme des responsables de Wiseed puis la sélection des Wiseeders (et il ne faut pas croire, certains membres touchent leur bille dans le domaine de l’investissement et de l’entreprise) amoindrissent ce risque de façon fort appréciable.

  Quels sont les avantages pour un internaute, comme vous et moi, d’investir dans une startup via un site de financement participatif (au lieu par exemple d’acheter un parking à louer ou de mettre ses sous dans des produits financiers purs et durs) ? Allez, une petite liste :

  • Vous investissez dans l’économie réelle. On ne parle plus ici uniquement de chiffres mais également d’humains. Votre contribution permettra concrètement à une société de se développer, d’embaucher et parfois de faire valoir le savoir-faire français à l’étranger.
  • Rarement, mais ça arrive, cet investissement peut prendre une tournure civique, politique, voire patriotique. Je pense notamment au cas de la récente vente de l’aéroport de Toulouse par l’État. Cependant, je ne développerai pas cet exemple qui mériterait un article à part entière.
  • Vous pouvez défiscaliser de différentes manières. Si vous payez l’ISF (veinards ;)), vous êtes tranquilles car cette défiscalisation est toujours proposée. Le plus intéressant pour la plupart des personnes (dont je fais partie) reste cependant la possibilité de défiscaliser 18% de la somme investie sur son impôt sur le revenu (IR). Je n’entre pas dans les détails (plafond maximal, etc.) mais sachez que depuis la nouvelle Loi de finance 2015, la seule condition pour qu’un investissement dans une startup soit éligible « défiscalisation IR », c’est que cette startup ait moins de 5 ans d’existence.
  • Au-delà de la défiscalisation à côté de laquelle il serait dommage de passer, il y a toujours l’espoir que la startup atteigne ses objectifs, voire les dépasse, ce qui augmentera la valeur de votre investissement.
  • Vous investissez de manière sereine, notamment aux niveaux administratif et juridique dont s’occupent les équipes de Wiseed.
  • Vous apprenez énormément. Certains dirigeants de startups sont vraiment passionnants dans les réponses et les remarques qu’ils apportent aux Wiseeders.

  Je profite de ce dernier point (la diversité des domaines d’activité évoqués sur Wiseed) pour faire mon boulot d’ambassadeur -.- Jusqu’à aujourd’hui, j’ai investi dans 4 startups :

  1. School Mouv : Site internet de soutien scolaire en ligne nouvelle génération. Si vous avez des enfants qui passent le BAC cette année, c’est maintenant ou jamais !
  2. Écrins Therapeutics : Société pharmaceutique. Là, vous ne pourrez pas m’aider. C’est typiquement le genre d’investissement risqué financièrement mais beau moralement. Cette société travaille sur une molécule (ET-D5) qui, si elle aboutit, jouera un rôle majeur dans la guérison du cancer. La startup avait alors besoin d’une levée de fonds pour avancer dans les phases de test clinique. Tout le monde connaît quelqu’un qui a disparu à cause de cette maladie. Finalement, soit la molécule fonctionne, un grand groupe pharmaceutique rachète le procédé et c’est le jackpot, autant pour les malades que pour les Wiseeders, soit ça ne donne rien et comme dirait un ex-président, « ça fait pschitt ».
  3. FIBandCO : Industriel spécialisé dans le revêtement bois de bananier (Green Blade), matériau dans l’ère du temps, éco-responsable et classe. Si vous êtes architectes, designers, professionnels dans l’ameublement ou dans un bureau d’étude, n’hésitez pas à aller voir leurs références, ça vaut le coup.
  4. Open App : Industriel spécialisé dans l’interrupteur sans contact. Technologie brevetée qui permet d’obtenir un interrupteur sans contact (pour allumer une lampe par exemple). La particularité de cette absence de contact est qu’elle ne détecte que l’électricité produite par le corps humain. Ce dernier peut même l’activer à travers moult matériaux : métal, tissu, etc.

 

 

  Pour finir, voici un florilège des questions qui m’ont turlupiné au moins une fois (ma petite FAQ personnelle en quelque sorte) :

  • L’inscription au site est-elle contraignante ? De mémoire, à l’époque, j’avais dû imprimer quelques papiers, les signer et les renvoyer par voie postale. Aujourd’hui, avec les signatures électroniques, je ne saurais pas vous dire si tout peut se faire en ligne.
  • Sous quelle forme l’investissement des Wiseeders se concrétise-t-il dans une startup, une fois la collecte des participations terminée ? En gros, pour chaque startup, les responsables de Wiseed créent une société (SAS) dont l’objet social est la prise de participation dans la startup.
  • Quelle est la politique de sortie de Wiseed du capital ? En général, le but est que les parts des Wiseeders soient revendues au bout de quelques années (5 à 8 ans).
  • Sachant que pour ne pas rembourser au fisc les sommes défiscalisées, il faut conserver ses parts au moins 5 ans, que se passe-t-il si Wiseed revend nos parts avant 5 ans ? On pleure ? Non, vous conserverez votre avantage fiscal si vous réinvestissez votre somme dans une autre startup « pour le temps qu’il vous reste à tirer ». Un exemple pour comprendre : Vous investissez 1000 euros dans Cake Machine, startup qui cartonne et se fait racheter 3 ans plus tard par une multinationale. Wiseed décide de revendre vos parts à ce moment-là. Vous récupérez alors votre argent (augmenté de la plus-value) mais devez la réinvestir (juste la somme initiale) dans une autre startup pour encore 2 ans. Sinon, vous devrez rembourser au fisc 180 euros (18% de 1000 euros).
  • Comment le personnel de Wiseed est-il financé ? 5% de votre investissement initial servira à faire fonctionner le fonds d’investissement le temps de l’opération. Une fois la sortie de capital réalisée, en cas de plus-value, Wiseed prélèvera une commission de 20% sur la part de chaque Wiseeder.
  • J’ai investi dans une startup éligible « défiscalisation IR ». Or je trouve la feuille d’impôt sur le revenu française inutilement compliquée et je n’y comprends rien (je compatis). Où dois-je inscrire la somme investie pour défiscaliser sans faire de bêtise ? J’ai demandé à mon contrôleur des impôts mais il ne me répond pas, j’ai l’impression qu’il s’en fout (je compatis une nouvelle fois).  Allez voir dans la rubrique « Réductions et crédits d’impôt », ligne 7CF.
  • Toujours sur ma feuille d’impôt sur le revenu, quels investissements puis-je déclarer ? Tous vos investissements éligibles « défiscalisation IR » souscrits l’année précédente.

  Voilà, j’en ai fini avec ce tour d’horizon du financement participatif. J’espère qu’il vous aura permis d’y voir plus clair et qu’il vous aura convaincus qu’investir dans une startup via un site de financement participatif est plus intéressant, voire plus citoyen, que parier sur Betclic par exemple (je n’ai rien contre les paris, je ferais bien un article sur les courses hippiques nocturnes d’ailleurs… ^_^)

PS : J’ai tenté de rendre accessible ce sujet complexe et passionnant. Je ne serai probablement pas assez entré dans le détail aux yeux de certains. N’hésitez pas à me poser vos questions, j’y répondrai si j’en suis capable !

PPS : Désolé si j’ai fait des erreurs, il est tard mais je reste preneur de vos remarques 😉

NB : Article modifié et corrigé le 19 octobre 2015.

1 Commentaire

Écrire un commentaire