Les étoiles contre les saisons ?

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Ah, l’astrologie ! Cette pratique (on la qualifiera ainsi) m’a toujours intrigué. Qui ne s’est effectivement jamais amusé à lire son horoscope à la fin d’un magazine bidon ? Ceux qui me répondront qu’ils ne l’ont jamais fait font sans doute partie de ces mecs qui vilipendent virilement les magazines féminins (Glamour, Cosmo, etc.) mais qui, une fois un numéro entre les mains, passent 1 heure aux toilettes le temps de le lire. Bande de fieffés coquins… Personnellement, j’assume : j’aime bien lire les anecdotes horoscopiques des dernières pages (à ne pas confondre avec les anecdotes endoscopiques, comme celle-ci dont on ne se lassera jamais, baissez le son avant de cliquer si vous êtes au boulot :D). Ce n’est pas une question d’y croire ou non, mais plutôt de se détendre. J’aime aussi regarder tout le champ d’activités créé autour de ces pronostics d’astrologues : les compatibilités amoureuses (cf. mon billet sur la compatibilité sanguine dans le même genre), les perspectives professionnelles, les compositions d’équipes de France (Raymond ?), etc.

D’autres personnes n’ont pas cette sensibilité (en général, des Capricornes… :p). Ils considèrent purement et simplement les astrologues comme des charlatans, qui extorquent les réserves financières d’individus crédules en difficulté financière ou mentale (voire les deux). Difficile de leur donner tort quand on arrive en face d’un gars comme Donovan (prénom pris au hasard qui a le double avantage de me rappeler mon Nord natal et de n’être porté par aucun de mes amis, pardon aux Donovan…) :

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Notre cher Donovan a le profil classique du « spécialiste » autoproclamé : regard « post-vineux », expert en cartes (donc, rien à voir avec l’astrologie, mais qu’importe !), rassurant (la faux de la Mort toujours encourageante…), sourcils du génial Rock Lee, etc. Tout le monde sera d’accord : on ne lui laisserait pas la garde de nos enfants… Mais est-ce bien raisonnable de se dire que tous les astrologues sont comme Donovan ? Nous sommes sur le blogue Esprit ouvert, nous allons donc également parler des autres astrologues (les sérieux, ceux qui étudient). Prenons donc un autre cas : Compostellus (idem, prénom inventé que ne porte aucun de mes amis, autant que je m’en souvienne -.-).

Compostellus et astrologie

Aucune contestation possible : Compostellus ne joue pas dans la même cour que Donovan ! Il est élégant tel le Comte de Saint-Germain, semble éreinté par le travail (essayez de lire un vrai livre d’astrologie ; ne riez pas, c’est ardu), est assis dans un fauteuil qui coûte cher (je suppose qu’on ne le trouve pas chez Ikea…), possède même un globe terrestre et une lunette astronomique, et je ne parle même pas de la teinte sepia de l’image qui lui donne un sacré cachet. Bref, la classe ! Mais regardez bien : au-delà de l’apparence, qu’est-ce qui différencie vraiment Compostellus de Donovan ? La réponse est évidente : l’un regarde les étoiles, l’autre les toiles (cirées).

Plus sérieusement (mon jeu de mots est tout de même terrible -.-), cette différence est fondamentale et nous amène au sujet de l’article. Enfin ! J’ai certes été un peu long mais je me suis attaché à Donovan en écrivant… Bref, j’en viens au véritable sujet : l’arnaque horoscopique (toujours à ne pas confondre avec… vous connaissez la chanson) ! L’année dernière, après avoir lu un article de la BBC qui parlait d’un 13e signe du zodiaque, le Serpentaire (ou Ophiuchus en latin pour briller en soirée), et d’un décalage généralisé des signes, j’écrivai un courriel à mes proches pour les prévenir qu’ils n’étaient pas ce qu’ils pensaient être… mais j’étais loin d’appréhender la gravité de la situation. Dans l’ombre se joue en réalité une ardente bataille de pouvoir (astrologique) ! Depuis des dizaines d’années, voire des siècles, mes amis, on nous spolie (Arlette, Arlette) ! Depuis toujours, les magazines nous servent en fait de l’astrologie tropicale (celle de Donovan), tandis que la vraie (celle de Compostellus), c’est l’astrologie sidérale. Hein ? Mince, j’en ai perdu.

Évolution de l’astrologie : de Compostellus à Donovan

Explications (accrochez-vous) :

  • Astrologie tropicale (ou « des saisons ») : basée sur le zodiaque grec (prétendument, mais en vérité persan), divisé en douze portions égales de 30°, en commençant par le point vernal.
  • Astrologie sidérale (ou « des étoiles ») : définit les signes du zodiaque, également de 30° chacun, à partir des vraies constellations.

Pour comprendre la naissance de ces 2 branches astrologiques, nous devons faire un peu d’histoire. L’astrologie des origines s’appuyait sur les étoiles fixes des constellations, comme l’attestent plusieurs astrolabes et horoscopes découverts en Mésopotamie, datant de l’époque paléo-babylonienne jusqu’au VIIIe siècle du calendrier grégorien. Au VIIe siècle avant J. C. apparut cependant le découpage du zodiaque (et pas du Zodiac, hein ? :D) en 12 secteurs égaux à Sippar, en Mésopotamie. À peu près au même moment, on fit apparaître le 13e signe, le fameux Serpentaire, qu’on essaya d’imposer  pour pallier les incohérences de ce nouveau système, mais qui en réalité ne fit qu’embrouiller le schmilblick. L’astrologie sidérale résista donc bien… jusqu’en 813. Cette année-là, Al-Mamun, originaire du Khorassan (Perse), prit le pouvoir à Bagdad. Jusqu’alors, les astrologues byzantins ou arabo-persans s’appuyaient encore sur les étoiles. Or, les Khorassaniens (ceux qui venaient de prendre le pouvoir, faut suivre -.-), via leurs racines zoroastriennes, vouaient un culte au Soleil et décidèrent d’aligner le point de départ du zodiaque (0° Bélier) au 1er jour du calendrier persan. L’objectif réel derrière cette décision ? Simplifier les heures des prières en direction de la Mecque, qui se trouve à seulement 2 degrés de latitude de la ligne du tropique du Cancer, signe associé à la Lune et à l’Islam. L’horoscopie saisonnière remplaça alors l’horoscopie astrale (basée sur le zodiaque sidéral, celui de notre cher Compostellus).

La vérité : véritable trésor des élites ?

L’astrologie sidérale disparut-elle complètement ? Voyons ça tout de suite. Au IXe siècle, alors que les Khorassaniens profitent de l’affaiblissement scientifique de l’Empire byzantin pour pénétrer le monde judéo-chrétien avec leur zodiaque tropical, deux catégories de personnes ne se laissent pas avoir par ce zodiaque hérétique :

  1. Les Indiens, qui qualifient ce zodiac de « Tadjik » ;
  2. Les élites des autres puissances, qui réservent l’astrologie tropicale au peuple.

 

C’est dans les années 1980 que l’astrologue français, Jacques Dorsan, tenta de sensibiliser le public sur ce décalage entre les 2 zodiaques (de 25°, écart dû au phénomène de précession des équinoxes), mais avant lui, au XVIIe siècle, les Jésuites avaient déjà observé que les astrologues indiens utilisaient le zodiaque sidéral. Anecdote cocasse : Jean-Baptiste Colbert commanda alors, auprès du Cardinal d’Estrées, un globe horoscopique sidéral. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’astrologie sidérale faisait passer son roi Louis XIV du signe de la Vierge (i.e. servile) au signe du Lion ! Voici d’autres exemples marrants plus contemporains : si l’on se fie au zodiaque saisonnier (l’imposteur !), Adolf Hitler était un Taureau passif et affectueux, tandis que François Hollande est un Lion dominateur et charismatique… Vous me direz qu’on pourrait à coup sûr trouver des contre-exemples. Vous avez raison, mais je trouvais ça rigolo. Perso, je passe de Poisson à Verseau, signes qui ne diffèrent pas tellement, et dont je peux rester fier -.- N’hésitez pas à chercher de votre côté d’autres exemples et à les publier dans les commentaires ^_^ Pour vous faciliter la tâche, voici le calendrier :

Astrologie et calendrier

Allez, avant d’en terminer avec cet article, comme on aime les commérages, voici une dernière anecdote. François Mitterrand, amateur d’ésotérisme (même si aujourd’hui, ce mot ne veut plus dire grand-chose tellement il est galvaudé), a édifié un zodiaque sidéral sur le toit de la Grande Arche de la Défense, caché du grand public. Les signes du zodiaque s’y trouvent positionnés sur le 25e degré, soit le décalage angulaire exact entre le point de départ avec le point vernal (ici, Capricorne à 25°), dont on a parlé plus haut dans l’article.

Signe-du-Zodiaque

Résumé pour les fainéants (il en faut bien :)) :

  • Astrologie sidérale (celle de Compostellus) : astrologie originelle basée sur les étoiles, existant depuis fort longtemps, actuellement pratiquée par les « élites ».
  • Astrologie tropicale (celle de Donovan) : fausse astrologie basée sur les saisons, répandue au IXe siècle à des fins religieuses, actuellement considérée comme la norme par le « peuple ».
  • Serpentaire (ou Ophiuchus) : prétendu 13e signe, tromperie originellement destinée à rattraper les incohérences du zodiaque tropical.

J’espère vous avoir éclairés un minimum sur les côtés obscur et lumineux de l’astrologie. Maintenant que vous êtes au courant, vous pouvez choisir votre camp en toute connaissance de cause : Donovan ou Compostellus ?

PS : Si le sujet vous a plu, creusez-le donc en vous procurant les passionnants ouvrages de M. Patrice Bouriche 😉

PPS : Photo du Zodiac réalisée avec un dessin de bélier d’un certain M. CED, trouvé sur le net.

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